Entraide dans les marolles

Anna Charpentier

Faisant partie des quartiers les plus anciens de la ville de Bruxelles, l’histoire des Marolles est empreinte de résistance, de résilience et d’entraide. Quartier le plus pauvre de la ville de Bruxelles1, les Marolles ont, historiquement, toujours accueilli une population défavorisée, et ce depuis son établissement. 

Mais il est également connu pour son réseau associatif dense. Plus d’une centaine d’associations cohabitent et offrent des services variés aux différentes populations habitant les Marolles2. L’Entr’Aide des Marolles, implantée depuis 1931 dans le quartier3 , en est le parfait exemple. Cette ASBL dispose de différents services sociaux avec des offres adaptées aux différents profils des habitants. La diversité de l’offre est le signe, d’une part, de l’hétérogénéité du quartier et de ses habitants, mais également du sens accordé à la solidarité dans les Marolles. Le confinement ayant mis un frein à diverses initiatives sociales et culturelles, touchant également la vitalité qui règne normalement dans le quartier des Marolles. Que se passe-t-il alors derrière les murs ? Afin de réaliser ce travail, nous sommes allés à la rencontre des personnes âgé.es isolé.es (PAI) de ce quartier agé.es de 72 à 89 ans qui ont partagé avec nous une part de leur quotidien pendant la pandémie. Les personnes qui nous ont ouvert leur porte étaient aussi différentes que leurs histoires et racontent avec beaucoup de simplicité la solidarité qui imprègne les Marolles. Se retrouver chez soi seul.e a été une épreuve de solitude intense pour tous.tes. Chacun.e s’est démené pour vivre et survivre. Les inégalités sociales déjà présentes se sont accentuées pendant le confinement : la fracture numérique, les problèmes de santé, les liens avec les pairs… Tous.tes n’ont pas été égaux face aux difficultés de la pandémie. Aucun récit ne se ressemble et pourtant des éléments communs ont surgi et ont apporté des nuances à cette expérience si particulière. La question de la santé est par exemple centrale dans chacun des entretiens. La précarité du quartier et de ses habitants se traduit aussi par une santé précaire avec une population « plus vieille plus jeune». Profitant des aides octroyées dans le quartier, les personnes âgées que nous avons rencontrés trouvent du soutien auprès des réseaux de santé qui les entourent (Maison Médicale des Marolles, Réseau Santé Diabète, l’Entr’Aide des Marolles), mais aussi auprès de leurs voisins et amis.es. Les récits que vous allez lire sont des entretiens que nous avons menés auprès d’habitants de la Querelle, un ensemble de logements sociaux situés dans le bas des Marolles. Il s’agit de récits en version éditée, retravaillée à partir de la retranscription mot-à-mot d’entretiens afin que la lecture et la compréhension soient plus fluides. Nous avons cependant été confrontés à une difficulté : ce lieu spécifique est caractérisé par une population en situation de grande précarité et il a parfois été difficile de construire des liens de confiance entre les habitants et les chercheurs. Nous avons donc eu, de prime abord, un accès parfois limité au quartier et ses habitants.

André (89 ans)

Liliane (80 ans)

François